Civilizations, Laurent Binet

Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531 : les Incas envahissent l’Europe. À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ? Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Couverture Civilizations

Titre : Civilizations
Auteur : Laurent Binet
Édition : Grasset
Nombre de pages : 384 pages
Genre : Historique

Mon avis

En tant que libraire, nous sommes obligé(e)s de nous tenir au courant de l’actualité littéraire. Surtout en cette période ! En fouinant un peu, je vous ai donc dégoté un assez beau livre qui sort demain (14 août 2019) et qui m’a gentiment été envoyé par NetGalley et Grasset.

Sans l’avoir lu, j’étais déjà fascinée par cette idée : l’Histoire changée. Et si, dans un monde alternatif, l’Europe avait été découverte par les Incas et non l’inverse ? Comment serait notre monde ?

Et c’est en le lisant plus profondément que mon coeur a commencé à réellement balancer. Laurent Binet nous expose trois époques : le temps où Erik le rouge conquiert l’Amérique en partant de Groenland, celui où Christophe Colomb ne revoit jamais l’Europe et le dernier pendant lequel Athaualpa, chef des Incas, découvre le Portugal, l’Espagne et le reste de l’Europe. Dans cette dernière époque, Michel de Cervantes évoluera jusqu’à finir un grec, Domenikos, et nul autre que Montaigne.

Rien que le tracé décrit ici met l’eau à la bouche : des avancées sociologiques différentes, des évènements historiques différents de ceux que nous connaissons, des façons de voir le monde complètement autres… On découvre un nouveau monde. Une nouvelle ligne du temps. Un ancien passé. Et si… ? C’est probablement la question que Laurent Binet a inséré dans mon esprit une bonne vingtaine de fois pendant tout le roman.

Autre chose qui m’a convaincue : la manière de décrire les choses. Laurent Binet joue avec la sémantique. Pour vous donner un exemple insignifiant et pourtant ô combien répété, lorsque les Incas arrivent au Portugal, ils voient les Levantins (car ils viennent du côté où le soleil se lève pour eux) boire un breuvage noir qui, étrangement, à la lumière, se teinte de rouge. L’auteur nous parle alors tout simplement de vin. Mais le peuple d’Athaualpa qui vient de débarquer, lui, ne le sait pas. Et c’est comme ça pendant presque tout le bouquin ! On joue avec la culture générale du lecteur, sa façon de voir les choses… Les descriptions de Laurent Binet m’ont étrangement fait penser au wallon (=dialecte de la Wallonie que j’aime appeler le gaélique de notre bonne Belgique !). C’est une fois lues et décodées qu’on les comprend et qu’on met d’autres mots dessus.

Dernier élément qui a fait chavirer mon coeur de lectrice : la vision de la religion. Les Incas arrivent dans une Espagne en pleine Inquisition, doivent se révolter contre Luther et protègent les Juifs ou encore les païens. Athaualpa arrive inexplicablement et miraculeusement à instaurer une paix religieuse, certes courte mais bien réelle. Le lecteur n’a alors pas d’autres choix que de faire des parallèles avec notre vraie Histoire : cela aurait-il pu se passer autrement ? La paix religieuse est-elle réellement possible, et si oui, par quels moyens ? Au final, l’Histoire inventée par Laurent Binet rejoint-elle la nôtre, signifiant alors que rien ne pourra changer le présent et ce qui nous arrive ?

Une chose cependant est souvent reprochée à Laurent Binet : sa lenteur dans la description et l’inactivité dans ses romans. Je n’ai encore jamais lu d’autres livres de Laurent Binet ; je n’ai donc pas de comparaisons réalistes à vous apporter. D’autant plus que plusieurs lecteurs de Civilizations se sont plaints de ce même défaut. Si je devais donner mon avis quant à cette dimension littéraire, je dirais que j’ai certes ressenti de la lenteur, mais une lenteur douce. Qui nous permet de réfléchir, prendre le temps de nous poser et analyser correctement ce que l’on vient de lire. Très souvent, pendant ma lecture, je comparais ce roman à certains passages des livres de Bernard Werber (vous comprendrez bien vite que c’est un de mes romanciers chouchou…).

☘☘☘☘/5


En résumé, je conseille ÉVIDEMMENT ce livre à tous les curieux, les imaginatifs, ceux qui s’interrogent sur notre Histoire, notre début, notre présent mais aussi notre fin. Un roman sensiblement bouleversant et émetteur de questions en tout genre. Si le « manque » d’action ne vous dérange pas, ne vous mettez plus de barrières, et foncez vers votre libraire préféré dès demain !

En attendant notre prochain article, je te conseille de venir nous retrouver sur Facebook et Instagram histoire de papoter un peu  ! 

Eirine


2 réflexions sur “Civilizations, Laurent Binet

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